Et si ?

3 personnes dont un enfant sur un chemin au milieu de la forêt

A la naissance de mon fils en 2019, j’ai cru être confronté à un grand dilemme : troquer mes longues balades, seul, appareil photo à la main, pour de longues nuits et journées sans sommeil. J’ai pourtant découvert, par mes lectures et mes discussions avec de jeunes photographes talentueux qu’il était possible de concilier les deux.

La photographie m’a accompagné dans tous les premiers moments de ma vie de père. Elle m’a aidé à « capter » les temps forts et calmes du quotidien et – après coup – d’en discerner un peu mieux le sens. Mais alors, pourquoi ne pas garder ses souvenirs pour soi dans une boîte ou dans son téléphone ? Existe-t-il une légitimité artistique à montrer à d’autres des bouts de sa vie intime ? De nombreux photographes renomés ont révélé leurs amours, leurs deuils ou leur amitiés dans leur travail comme Cartier-Bresson, Nobuyoshi Araki, Masahisa Fukase, Nan Goldin mais aussi des photographes plus contemporrains comme Julien Magre, Alain Laboile ou Julien Coquentin.

La photographie dans l’intimité répond à un réel besoin de raconter le monde à travers ses propres yeux et ainsi de mieux le comprendre. En tant que spectateur, sa portée universelle nous frappe au visage et nous interroge alors même que les sujets représentés, si proche du photographe, nous sont inconnus. Il y a de nombreuses années, je me suis rendu à l‘exposition de Richard Billingham sur sa famille, Ray’s a laugh. J’ouvre les pages de ce fanzine avec ce premier choc que cette série à créer en moi : « cette vie de famille bancale et ce père pourrait être les miens dans un autre univers, ou dans celui-ci. Mais dans quel univers, je me situe alors vraiment ? ».

Et si, la vie de famille éreintante et chaotique d’un jeune père de famille passionné de photographie était le point de départ d’une quête artistique et philosophique ?